Covers Cocktail

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published as: 
CD-COMPILATION
releasedate: 
2008
group: 
Arno var.
version: 
France
publisher: 
Virgin











01/ Ils Ont Changé Ma Chanson 3:58 (Arno & Stéphan Eicher)
02/ Ubu 3:48 (Arno)
03/ Mother's Little Helper 4:20 (Arno)
04/ Knowing Me Knowing You 4:20 (Arno)
05/ Trouble In Mind 3:51 (Arno)
06/ I Want To Break Free 4:59 (Arno)
07/ Walking The Dog 2:55 (Charles & Les Lulus)
08/ Voir Un Ami Pleurer 4:16 (Arno)
09/ Elisa 3:18 (Arno & Jane Birkin)
10/ Gimme That Harp Boy 3:06 (Charles & les Lulus)
11/ Rollin' And Tumblin' 4:19 (Arno)
12/ Mirza 3:59 (Arno)
13/ All The Young Dudes 2:54 (Arno)
14/ See-Line Woman 4:30 (Charles & The White Trash European Blues Connection)
15/ Drive My Car 4:06 (Arno)
16/ Sarah (La Femme Qui Est Dans Mon Lit) 3:59 (Arno)
17/ Jean Baltazaar 4:27 (Arno & Beverly Jo Scott)
18/ Hot Head 2:53 (Arno & The Subrovnicks)
19/ Je Suis Sous 3:32 (Arno)
20/ Death Of A Clown 3:42 (Charles & The White Trash European Blues Connection)

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Présenter Arno Hintjens est inutile. Des livres et des programmes de télévision lui furent consacrés. Vous le connaissez depuis longtemps. Et sa musique alors? Quelqu'un qui se respecte le connaît par cœur. Et les concerts? Dans un minimum de temps ils affichent complets! Jeunes & vieux, hommes & femmes, beaux & laids, gros & maigres, propres & sales, d'Ostende à New-York en passant par Amsterdam, Berlin, Bruxelles, Paris, Genève, Marseille, Beyrouth… : tous se laissent envoûter par tant de conviction sur scène.

N'avons-nous alors rien de nouveau à raconter sur Arno? Si. Par exemple qu'avec le "Covers Cocktail" vous êtes en possession d'un cd unique, comportant pas moins de 20 reprises interprétées par un artiste de génie, qui serait même capable de hisser "La Brabançonne" (l'hymne belge) ou "La Marseillaise" au niveau d'un morceau de musique vibrante. Mais qui ne l'a heureusement jamais fait, ou du moins pas de façon consciente.
Le split de TC Matic en 1986 fut très vite suivi par la sortie d'un disque solo sans titre ("Arno") mais si nous en faisons abstraction généreusement et avec amour et si nous laissons débuter Arno comme artiste solo avec "Charlatan", cela fera alors exactement 20 ans qu'il a véritablement fait parler de lui sous son propre nom. Depuis tout ce temps, quasiment aucun disque d'Arno n'est sorti sans qu'il rende hommage à un collègue artiste par une reprise ("cover") bien choisie, ou qu'il mette l'écouteur sur la mauvaise prise en interprétant une chanson qu'on n'attend pas de lui comme "Knowing Me, Knowing You" d'Abba pour n'en citer qu'une (titre bonus sur "French Bazaar" en 2004). Les meilleurs covers de toutes ces années - du traditionnel "Trouble In Mind" de 1988 à "I Want To Break Free" de 2008 - sont pour la première, la seule et unique fois réunis sur un seul cd.

L'élément fort de "Covers Cocktail" : ce ne sont que des chansons d'autres artistes - certains connus, d'autres beaucoup moins - qu'Arno a façonnées à sa manière, parfois de façon méconnaissable et qu'il a d'une seule traite intégrées comme si le titre était de lui. On dirait un nouveau disque. Bien étonnés de se trouver ensemble sur la même rondelle : la fille hippie innocente d'antan Mélanie (son "Look What They've Done To My Song, Ma" est revisitée par Arno et son comparse du moment Stephan Eicher dans un franglais "Ils ont changé ma chanson"), puis Abba, Jacques Brel ("Voir un ami pleurer"), Nino Ferrer ("Mirza", du cd lui rendant hommage "On dirait Nino"), Dave Davies ("Death of a Clown"), Dirk Annegarn (un "Ubu" Grésillant), Mott the Hoople ("All the Young Dudes", écrit par David Bowie), Claude Nougaro ("Je suis sous"), Georges Moustaki ("Sarah - la femme qui est dans mon lit") et David Bowie & Jacques Dutronc, présentés l'un à l'autre sur un "Jean Baltazaarrr", parfait medley rock des titres "The Jean Genie" et "La fille du Père Noël", interprété avec Beverly Jo Scott.
Moins surprenants, mais pas moins subsistants et présents sur les albums "Charles et les Lulus", "Water", "Charles and the White Trash European Blues Connection", "Le European Cowboy" ou "Charles Ernest" les titres "Mother's Little Helper" des Rolling Stones, un "Drive My Car" formidablement déraillant des Beatles, "Trouble in Mind", "Walkin' the Dog" de Rufus Thomas, le "Rollin' and Tumblin'", un classique du blues (popularisé par Muddy Waters) et "See-Line Woman" de Nina Simone. Et bien évidemment "Hot Head" avec son solo brûlant à l'harmonica, et "Gimme That Harp, Boy" de Don Van Vliet, connu sous le nom de Captain Beefheart, un des grands exemples d'Arno que ce soit par les paroles, les actes et les pensées. Ne pouvait pas manquer non plus sur cet album "Elisa", la chanson pop que Serge Gainsbourg a chantée en 1969 pour Jane Birkin (voir le film "Serge Gainsbourg/Elisa" sur You Tube) et qu'Arno a repris presque un quart de siècle plus tard avec la même Jane Birkin sur "Charles Ernest". Ajoutez à tout ceci l'inédit "I Want To Break Free" de Queen, teinté de chœurs gospel et de blues avec son solo à l'harmonica et vous arrivez à un véritable "20 sur 20".

S'ils doivent remplacer des albums studio - ce qui n'est pas le cas ici - les disques de reprises masquent souvent le découragement ou le doute d'un artiste, mais il n'en est rien avec "Covers Cocktail" : au fil du temps, Arno a plumé, retourné à l'envers, à l'endroit et rhabillé les classiques du blues, de la pop, du rock'n roll, de la funk et de la chanson - parfois de manière exubérante, parfois très sobrement - et les a insérés dans son répertoire! Et ils forment un ensemble sur "Covers Cocktail", aucunement gênés par le temps qui les sépare (une offre dispersée sur près de deux décennies), ni par la diversité des versions originales ou l'esprit du temps qui a changé pour le moins déjà quelques fois de 1988 à aujourd'hui.

C'est ainsi que nous lisons dans le compte-rendu du fameux festival rock belge "Rock Werchter" : "Sa combinaison sur papier - folle et impossible - de blues, comédie absurde, rock dur, théâtre populaire, chanson et funk fumant a abouti dans un bal populaire gigantesque…". "Covers Cocktail" est un projet plus modeste : vous ne pouvez pas accueillir autant de monde dans votre salon, mais c'est une fête du bon goût (musical) et d'émotions écorchées.

Arno est toujours le plus Grand Belge dans le Paysage Rock, même quand il n'emprunte pas.

Charlie Poel / HUMO
(Traduction : K. Onderbeke)

EMI 509992136110 4

ARNO : "JE VEUX M'AMUSER"


Avec Cover Cocktails, Arno livre une compilation de reprises enregistrées ces vingt dernières années. Un cocktail bien frappé avec du rock (de Queen aux Beatles), du soul-jazz (See-Line Woman de Nina Simone) du blues (Rollin' and Trumblin' de Muddy Waters), du disco (Knowing me, Knowin you de Abba) et une poignée de classiques de la chanson française (Sarah de Moustaki...).

On dit souvent que la sortie d'un album de reprises masque une panne d'inspiration. C'est votre cas ?

"Mon précédent disque est sorti l'année dernière, depuis je suis en tournée et j'ai même trouvé le temps pour écrire les chansons de mon prochain album. ça m'occupe l'esprit toute la journée... Dès que je trouve la bonne direction, je vais l'enregistrer très vite."


Pour vous, c'est quoi une reprise réussie ?

"Elle doit me surprendre. Quand je fais une reprise, elle doit être différente de l'original, sinon quel intérêt? Certaines sont réussies, d'autres ratées..."


Lesquelles ?

"Elles ne sont pas là (rires). Bizarre, non?"


Parmi les versions les plus surprenantes, on note Knowing me knowing you de Abba et Mother's Little Helper des Stones. Elles sont très différentes des versions originales.

"Pour Knowing me... Je me souviens j'étais dans un bar à Bruxelles et tout le monde dansait sur cette chanson. Et moi aussi. J'ai bien écouté le texte, en fait il est très triste. Mais pas la musique. Le lendemain, je suis rentré en studio et j'en ai fait une version plus lente. J'ai mis la musique en accord avec les paroles. Pour Mother's Little Helper. c'est un peu la même chose. J'étais dans un bar, encore. J'ai bien écouté les textes et j'en ai fait une ballade. La chanson, elle remonte aux années 60, elle parle d'une pilule comme le prozac aujourd'hui. A l'époque, c'est le début d'une vague de dépression chez les femmes. Avec l'égalité, l'émancipation, les machines à laver et tout le bazar, les femmes, elles ne devaient plus bosser comme dans le temps, 24 heures par jour. Elles ont plus de temps pour penser, réfléchir. Et les gens qui ont le temps pour penser, elles dépriment souvent."


Abba, vous aimez bien ?

"J'ai toujours pensé que c'était deux coiffeuses qui chantent. Mais ils ont des mélodies incroyables qui vous filent la pêche. Et puis leur musique, c'est de la vraie pop européenne."


Vous étiez plus fan des Beatles ou des Rolling Stones ?

"Moi c'était les Kinks. Pour les mélodies et les costumes incroyables. Et puis, j'ai toujours été frappé par les textes de Ray Davies. Ils ont inventé un riff incroyable, très british. Je me suis toujours senti très proche de l'Angleterre. Après l'invasion des nazis, mon père a fui la Belgique pour l'Angleterre. Ils étaient sur la liste. Mon père, il a fait son service militaire en Angleterre. Moi, j'habitais à Ostende, c'était l'avant poste de la culture rock en Europe. Les premiers groupes à jouer sur le vieux Continent, c'était à Ostende. J'ai vu les Animals, Eric Burdon, il bossait même comme plongeur à Ostende dans les années 60. Sans parler des Moody Blues, j'ai tout vu."


Ce fut l'acte de naissance de votre vocation de rocker ?

"Je me suis dit: "je veux être comme eux, je ne veux pas bosser"."


C'est quand même du boulot, rocker ?

"Quand je donne des interviews, oui. Mais je ne suis pas fait pour travailler. J'ai deux mains gauches. Quand je fais un album, je veux m'amuser."


Vous les avez réécouté vos reprises ?

"Non. Je n'écoute jamais mes propres albums, pour ne pas avoir une dépression nerveuse (rires). Quand c'est fait, c'est fait."


Vous avez été le cuisinier personnel de Marvin Gaye durant son exil à Ostende, quand il était en cure de désintox et préparait son chef d'œuvre What's goin' on. Et vous n'avez jamais repris l'une de ses chansons ?

"Non. Marvin, pour le chanter... Je n'ai jamais fait non plus une seule chanson de Bob Dylan. Marvin, c'est Marvin, la voix unique, la sensualité... Je ne peux pas changer ça, avec quel arrangement ? Je n'ai pas trouvé l'inspiration, la force ou l'intérêt. Il fait partie des artistes intouchables. Avec Drive My Car des Beatles, je me suis amusé, avec un peu d'ironie. Bob Dylan et Marvin Gaye, c'est trop personnel. Impossible. Le seul à avoir bien chanté Dylan, c'était Jimi Hendrix, mais il l'a fait avec sa guitare. Et je ne joue pas de la guitare comme Hendrix."


Et Brel, c'est quand même un monstre sacré ?

"Oui, mais c'est à cause de mes musiciens. Ils m'ont forcé. Je devais chanter Brel. Et puis Brel, il te laisse une grande liberté d'interprétation."


Vous reprenez également Je suis sous, de Claude Nougaro...

"Je l'ai faite à la demande de mon fils, il adorait la chanson, comme ma mère. Je l'ai faite pour la famille. "Je suis sous, sous, sous ton balcon..." (Il chante les premiers couplets de la chanson, Ndlr)"


Ça vous est déjà arrivé d'implorer le pardon d'une femme en état d'ivresse ?

"Plein de fois, mais il ne faut pas le dire. En fait, je ne supporte plus l'alcool. Le lendemain, dans ma tête..."


Votre dernière cuite, elle remonte à quand ?

"Il y a une semaine... Ce n'est pas seulement l'âge, c'est aussi le cerveau."


Ça ne vous attriste pas trop ?

"Ah non, je suis content. Je suis mieux quand je ne bois pas. Quand je bois, c'est gai, mais le lendemain... La gueule de bois, je ne supporte plus. Je vais peut-être en faire une chanson pour le prochain album."


Autre reprise, Hot Head de Captain Beefheart...

"Il ne joue plus de musique, mais on fait le même bazar. Il change le blues dans son propre surréalisme... Dans l'esprit, je suis un chanteur de blues. Toutes mes chansons, c'est "mi-la-si", les trois notes de base du blues."


Vous reprenez d'ailleurs un classique de Muddy Waters...

"Sans le blues, je suis dans la merde. Quand il n'y a pas de racines, il n'y a pas de fruits. Sans le blues, pas de rock, de rap, de funk, de disco. Rien."


Vous avez écrit pour Julien Doré...

"Oui, une chanson. Elle s'appelle Deux mots. On la chante en duo, il est venu à Bruxelles avec un riff, j'ai fait les arrangements, le texte, la mélodie pour le chant. Le mec, il est sympa. Il a un truc très "british", une attitude propre aux types des années 70. Je trouve ça très pop."


Après votre apparition aux côtés d'Alain Bashung dans le film de Samuel Benchetrit -J'ai toujours rêvé d'être un gangster- on va vous revoir au cinéma ?

"Ah, je n'ai pas vu le film. Déjà que je n'écoute pas mes propres disques non plus. Alors me regarder..."


Et le matin devant votre glace ?

"Le matin, devant ma glace, je ne vois rien car j'enlève mes verres de contact. Mais oui, j'aime bien... Quand je fais du cinéma, je travaille pour quelqu'un d'autre. C'est une bonne thérapie, et je suis bien payé pour ça. Et puis je m'amuse, le cinéma c'est facile. Acteur de théâtre, comme mon ami Piccoli, c'est autre chose. Je ne peux pas le faire. Trop de boulot."


Mardi 29 avril 2008
le JDD.fr par Eric MANDEL